Bienvenue à toutes et à tous à cette 24e édition du Festival gay et lesbien de Belgique.
C’est un honneur, un grand plaisir aussi pour moi d’avoir été sollicitée pour marrainer cette 24e édition. Cette année, l’accent est mis sur la thématique de la solidarité internationale, qui se manifeste tant dans les pays du Sud qu’ici, en Belgique, notamment, par l’accompagnement des demandeurs et demandeuses d’asile comme le fait Tels Quels.
Depuis quelques années, on assiste à une «visibilisation» de l’homosexualité en Afrique, en particulier au Cameroun, mon pays d’origine. L’image donnée de l’homosexualité reprend les arguments homophobes classiques (contrenature, les animaux ne le font pas, condamnée par la religion, amalgame avec la zoophilie, la pédophilie, le crime, perversion, introduite par les blancs, etc.) Mais l’homophobie dans ces pays africains tant confrontés aux difficultés et aux violences politiques, sociales et économiques n’est parfois que le symptôme d’un malaise sociétal plus profond: règlements de compte politiques, tergiversations sur le statut à donner aux libertés individuelles voire création de zones de pouvoir, notamment par la menace ou le chantage.
Ni chercheuse, ni militante, je suis animée par le désir de m’exprimer sur la «question» de l’homosexualité féminine en Afrique puisque celle-ci reste invisible, irréelle, reléguée au second plan. Ma contribution au débat est publiée dans un cahier de l’Université des Femmes qui présente aussi deux projets cinématographiques en cours: un court-métrage de fiction et un documentaire présentant des tranches de vie d’homosexuelles camerounaises.
Indirectement, il interroge le mouvement des femmes sur sa solidarité avec les lesbiennes. Il oblige aussi à voir les stratégies développées par les femmes, victimes non consentantes, qui persistent et développent des stratégies pour vivre des relations amoureuses conformes à leurs désirs. Il pose la question: comment décloisonner nos luttes et faire en sorte que tous les combats des femmes, quelle que soit leur orientation sexuelle, soient visibles?
Cette interpellation entre bien dans l’objectif politique de ce 24e Festival plaidant pour que cesse le traitement injuste réservé aux homosexuelle- s en Afrique. A travers ses films, documentaires, rencontres et débats, ce Festival livrera aussi une matière riche susceptible de modifier les mentalités tant sur le continent africain qu’en Belgique. N’oublions pas qu’un festival c’est avant tout, un moment festif fait d’ambiances chaleureuses, et surtout 10 jours d’aventures, que je vous appelle à ne manquer sous aucun prétexte. N’hésitez pas non plus à aller voir en dehors de Bruxelles.
« Allez! On se meet à la boogie», comme on dirait chez nous là-bas!! »
Marthe Djilo Kamga
auteure d’une publication sur les homosexualités féminines au Cameroun et porteuse de deux projets cinématographiques sur le même thème
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