Le Festival gay et lesbien de Belgique en est à sa 24e édition. Un point d’honneur a été mis sur la solidarité internationale LGBT. Il s’agit du renforcement des liens devant unir, dans un même mouvement d’appel aux libertés, les acteurs du Sud et du Nord. Cet objectif commun est basé sur le principe qui veut que nul ne doive faire l’objet de discriminations, de tortures ou de mise à mort sur la base de son orientation ou de son identité sexuelle. Je crois en ce principe. C’est la raison pour laquelle c’est un honneur de répondre à l’appel de parrainage de ce festival.
Si au Nord on peut constater certaines avancées bon an mal an de la problématique de l’homosexualité, au Sud et particulièrement dans plusieurs sociétés africaines, tout reste à être renégocié, en tenant compte des spécificités locales tout en s’assurant que tous nous soyons éligibles au respect de la différence. Sur les 53 pays que compte le continent, 39 ont encore une législation qui prohibe l’homosexualité. Cet environnement socio juridique délétère est un champ ouvert à tous les abus: chantage, extorsion, emprisonnements, meurtres, non accès aux soins élémentaires de santé, surtout en temps de Sida… Et c’est cette réalité qui m’interpelle en tant que jeune chercheur, en tant que Camerounais, en tant que ressortissant du continent Africain.
Toutes mes publications, depuis le début, ont été perçues comme l’écho d’une réalité non dite qui ne demande qu’à être dite telle qu’elle est. Deux questions majeures s’y dégagent: l’émergence du mouvement gay et lesbien dans le climat difficile africain est-elle fille d’une situation migratoire vers l’Occident qui va crescendo, sur la base de l’orientation sexuelle? Et l’accès aux soins et l’exposition à des campagnes d’information adéquate des populations LGBT en Afrique, en temps de sida, restent-ils une lutte quotidienne?
Ma présence au festival symbolise ce souci que vous avez de dépasser les frontières de l’Europe pour vous intéresser à la nouvelle réalité visible des Africains dans l’espace homosexuel occidental. Il serait donc opportun d’encourager et de soutenir des productions médiatiques, des recherches auprès des communautés en Afrique ou dans sa diaspora, dans une perspective de compréhension pour l’éducation et l’inculcation du principe fondamental de la tolérance et de l’accès à la santé sans aucune discrimination. Qu’on le veuille ou non, qu’on soit pour ou contre, un constat est là: «in Africa too, they’re queer, they’re here!» Ce festival est une occasion de le signifier, dans un esprit festif certes, mais de le souligner quand même. De le rappeler chaque fois que des occasions comme celles-ci se présentent. Je vous souhaite un très bon festival.
Charles Gueboguo
Sociologue
Jeune chercheur en sociologie. Auteur de La question homosexuelle en Afrique, le cas du Cameroun (Paris, l’Harmattan, 2006) et de: Sida et homosexualité(s) en Afrique: analyse des communications de prévention (Paris, l’Harmattan, oct. 2009); ainsi que de nombreux articles sur la même problématique.
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